Migration et humanisme (1/4)

Fortress Europe ou terre d’asile ? La question sera sur toutes les lèvres dans les mois à venir. Le débat est crucial et souvent résumé à des phrases chocs et des politiques superficielles. En tant que cdH, cette question est intrinsèquement liée à l’idée fondant notre programme politique : l’humanisme. L’urgence de la situation humanitaire nous met face à nos idéaux et il en va de même pour l’Union européenne. Cette dernière s’est originellement basée sur la solidarité pour construire la paix. Aujourd’hui, ce qui a commencé par le partage de souveraineté et le renforcement des liens interétatiques, laisse place à une inquiétante crise de solidarité.

Il est évident que l’Europe de demain sera déterminée par cette question migratoire, selon la réponse qu’elle aura donnée. Aurons-nous une crise de solidarité ? Ferons-nous fi des fondements de notre politique ? La réponse ne doit pas être dichotomique – le rejet de tous ou l’accueil de tous – mais toute politique migratoire doit chercher l’équilibre entre l’humanisme d’abord, le pragmatisme ensuite. De plus, en matière de migrations plus qu’ailleurs, il ne faut pas perdre le sens des nuances. Le migrant n’est pas toujours le réfugié, mais tous deux nécessitent une réponse humaine.

À coup d’opérations coup de poing, des phrases chocs, de déshumanisation derrière des faits divers, des chiffres ou de la comptabilité, le phénomène migratoire est résumé à un combat binaire et simpliste. Il ne faut pas sous-estimer la capacité de division et de stigmatisation, les mots sont des actes. Force est de constater que l’humanisme et le pragmatisme sont des chemins difficiles que la peur et la facilité peuvent rejeter aisément. Pourtant il est nécessaire de faire mieux !

Une diversité de migrations

En Belgique, il y a eu, en 2016, 136 327 immigrés enregistrés, dont 56% sont issus de l’Union européenne. Au 1er janvier 2017, 1,3 millions de personnes de nationalité étrangère vivaient en Belgique. Au sein de l’OCDE, la population née à l’étranger résidant dans un pays tiers représente 13% de la population totale en 2017. Dans le pays, les principaux motifs de migrations sont, dans l’ordre d’importance : le regroupement familial, les raisons humanitaires, les contrats de travail et l’éducation. Le phénomène migratoire est conséquent mais demeure gérable.

Les réfugiés et demandeurs d’asiles

Dans l’ensemble, les migrants pour raisons humanitaires sont la principale raison de l’augmentation des demandes d’asile en 2016. Ainsi, la population mondiale de réfugiés est passée de 11.1 millions en 2013 à 18.5 millions en 2017. Au sein de l’UE cette augmentation représente un passage de 920 000 réfugiés à 2.1 millions. Les pays européens ont reçu 4 millions de demandes d’asile entre 2014 et 2017 parmi lesquelles 1.6 millions de personnes ont reçu une forme quelconque de protection[1]. Et pourtant, l’Europe comparativement au Liban, à la Jordanie, à la Turquie, accueille peu.

Que peut-on améliorer ?

Derrière ces chiffres, se cachent des réalités humaines, sociales et économiques complexes. La méditerranée est souvent utilisée pour illustrer l’échec de notre politique actuelle : en 2017, c’est 172 362 personnes qui l’ont traversées dans des conditions précaires, 3 119 personnes y sont décédées. La politique européenne d’externalisation du traitement des migrants crée des situations inhumaines à l’instar des sévices subis en Libye ou au Soudan. Notre première résolution veut affirmer une autre position.

Du point de vue financier, certains mettent en avant les économies minimes réalisées sur des frais administratifs ou le coût global de l’accueil… En omettant non seulement de le relativiser par rapport aux dépenses totales de l’Etat belge (0,14% des dépenses publiques belges[2]) ou de préciser qu’elles sont en grande majorité insérée dans le budget aide au développement du pays.

Les véritables améliorations possibles ne sont pas évoquées : accueil matériel, traitement des demandes d’asiles et intégration au marché de l’emploi. Pour le premier point, l’inaptitude gouvernementale à accueillir dans des conditions décentes les migrants, en transit ou non, abandonnant ce rôle à des associations civiles illustre le manque d’ambition et de courage actuel. Pour les demandes d’asile, la durée de traitement peut durer jusqu’à deux ans. Concrètement, cela revient à rester dans un centre d’accueil ouvert sans perspectives fixes d’avenir. Cette absence de futur clair pendant une longue période n’encourage ni à apprendre la langue, ni à s’insérer dans le tissu socio-économique. Notre deuxième proposition suggère une alternative aux centres ouverts et fermés sur base de l’expérience associative.

Pour finir, l’intégration au marché de l’emploi est le point où l’évolution doit être la plus substantielle. En Belgique, l’écart de taux d’emploi entre autochtones et immigrés (28%- le plus grand en Europe après la Suède) met en avant les lacunes de notre politique d’intégration. Notre dernière proposition aborde cette intégration et le nécessaire parcours d’accueil.

La dernière législature a avant tout misé sur des « mesurettes » chocs qui concernent un nombre infime de cas. Par exemple, les visites domiciliaires concernent 47 personnes qui ont refusé de coopérer en 2017[3], le coût des centres fermés est plus élevé que les centres d’accueil ouverts, la première famille avec enfants en centre fermé a été mise en centre ouvert après quelques semaines…

Les évolutions sociales, économiques et climatiques de ce début de siècle suggèrent que les migrations ne devraient pas diminuer dans les années à venir. L’interconnectivité croissante, l’émergence de déplacés et réfugiés climatiques, les conflits, les inégalités socio-économiques sont autant de facteurs favorisant un déplacement. Par conséquent, autant optimiser notre politique migratoire.

[1]OCDE, Perspectives des migrations internationales 2018, p. 138.

[2] J.-M. LAFLEUR, A. MARFOUK, Pourquoi l’immigration ? 21 questions que se posent les Belges sur les migrations internationales au XXIe siècle, Academia-L’Harmattan, Louvai-la-Neuve, 2017, p. 98.

[3] http://plus.lesoir.be/135802/article/2018-01-23/la-loi-sur-les-visites-domicile-visait-lorigine-proteger-les-migrants