L’intégration économique: élément central d’une politique migratoire (4/4)

L’étude des enjeux économiques des migrations répond à deux objectifs. Il s’agit dans un premier temps d’améliorer cette insertion professionnelle. C’est comprendre et analyser comment efficacement intégrer les immigrés dans l’économie d’un pays et, par ce biais, œuvrer pour une meilleure intégration à tous les niveaux. Il s’agit aussi d’objectivement comprendre ce que cela implique pour la structure économique et démographique d’un pays.

L’insertion professionnelle est la base de l’intégration sociale. Elle créé un tissu social, facilite l’apprentissage de la langue et permet de participer à l’économie du pays. Du point de vue institutionnel, il faut distinguer la politique d’accueil des primo-arrivants dépendant de la compétence fédérale (centre d’accueil comme Fedasil par exemple) et la politique d’intégration organisée par les régions. Les communautés ont également une responsabilité notamment dans les formations, l’équivalence des diplômes et l’accès à l’enseignement.

Au-delà de ces aspects pratiques, il faut également répondre aux peurs au sein de la population. Ces peurs concernent aussi bien le coût de l’intégration que la concurrence sur le marché du travail. Elles sont plus présentes dans « les bassins d’emploi où se concentrent beaucoup de réfugiés »[1].

L’OCDE est assez claire sur l’impact économique des migrations. Les données historiques et chiffrées étudiant l’impact économique des migrations aux Etats-Unis et en Europe « indiquent qu’à moyen et long terme, l’impact des réfugiés sur le marché du travail des personnes nées dans le pays est limité, et, s’il a un effet, celui-ci est positif »[2].

Cependant, une concurrence avec les hommes ayant un niveau d’éducation faible peut exister, en raison d’une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. Pour ce groupe ciblé, l’offre de travail peut augmenter de maximum 15% d’ici 2020[3]. Le secteur des services comporte, par exemple, une surreprésentation de la population immigrée dans la majorité des pays de l’OCDE (hôtellerie, emplois à domicile…). L’industrie, l’exploitation minière et du bâtiment sont également un secteur clef. Les emplois peu qualifiés représentent 65% du travail des immigrés au sein de l’OCDE en 2017.

Certains pays développent une immigration économique sélective, favorisant les travailleurs avec un degré d’éducation élevé. Ainsi, en Australie, au Canada, le Royaume-Uni et plusieurs pays européens, les travailleurs immigrés ont, en moyenne, un diplôme plus élevé que les autochtones. Cependant, ils sont proportionnellement sous-représentés dans les professions qualifiées[4], ce qui souligne les inégalités d’accès au marché du travail.

Malgré un effet positif sur l’économie nationale, l’impact sur le sentiment des populations locales existe indépendamment de ces vérités : « l’afflux de réfugiés n’a pas toujours été bien perçu par le public, qui craint qu’il n’ait des effets préjudiciables sur les salaires ou l’emploi, des travailleurs peu qualifiés nés dans le pays notamment (…) dans la pratique, les préoccupations identitaires ou économiques sont souvent fortement corrélées »[5]. Et là, la responsabilité politique est forte. Il faut expliquer l’impact économique, aider par des mesures sociales la faible portion d’autochtones impactés par la concurrence et améliorer l’intégration des migrants au marché du travail.

La Belgique : le mauvais élève de l’intégration

L’intégration économique est un échec considérable en Belgique. Bien que les chiffres au sein de l’OCDE reflètent déjà une certaine disparité entre « autochtones » et immigrés, la Belgique fait figure de mauvais élève. Ainsi, au sein de l’OCDE, le taux d’emploi des immigrés est de 67,1%, le taux de chômage en moyenne de 9.5%[6]. L’écart moyen de taux de chômage entre personnes nées dans l’OCDE et les personnes nées à l’étranger est de 3 points de pourcentage.

La Belgique est le plus mauvais élève européen après la Suède ! D’après L’Echo, « En 2014, l’écart de taux d’emploi des immigrés non européens par rapport aux Belges de souche était de 28% »[7]. Combiné à l’exclusion sociale, cela montre que la Belgique a encore du chemin à faire sur la route de l’intégration. Les étrangers sont fortement représentés dans les couches sociales les plus pauvres. A ce sujet, la Belgique est le pays de l’UE où l’écart entre le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale est le plus élevé entre étrangers et nationaux (50%)[8].

[1] OCDE, Ibid., p. 10.

[2] OCDE, Ibid., p. 10.

[3] OCDE, Ibid., p. 10.

[4] OCDE, Ibid., p ; 107

[5] OCDE, Ibid., p. 144.

[6] OCDE, Ibid., p. 13

[7] L’Echo, 25 janvier 2018.

[8] J.-M. Lafleur, A. Marfouk, Ibid., p. 103.