Donald Trump, sales representative ?

Attaque frontale contre l’Allemagne lors du sommet de l’OTAN, exigences en terme de budget dédié aux dépenses militaires, critiques du projet « Nord Stream II », doutes exprimés concernant la manière dont est conduit le « soft Brexit »… Les frasques du président Trump furent nombreuses la semaine dernière, mais au-delà de ses diatribes, le président s’est surtout montré un remarquable sales representative de l’industrie américaine.

L’OTAN ET LES DÉPENSES MILITAIRES

Commençons par l’exigence clamée dès le début de semaine : 2% du PIB des pays membres de l’OTAN doivent être alloués au dépenses militaires (annuellement), dont 20% dépensés aux nouveaux équipements et à la R&D militaire. Ces objectifs ont été fixés aux Pays de Galles en 2014 déjà. Deux remarques s’imposent face à ces exigences.

D’une part, personne ne semble questionner l’utilité de dépenser 2% du PIB militaire, lorsque le budget 2019 du gouvernement fédéral annonce un déficit de 3 milliards d’€. 2% du PIB belge, cela représente tout de même 9 milliards de dollars ! Si c’est pour participer à des opérations aussi efficaces que la Libye, la guerre en Irak et en Syrie (plus de 6 000 civils tués par la coalition) ou pour abandonner l’Ukraine à son sort, non merci. Actuellement, 4 des 15 pays qui dépensent le plus en budget militaire sont européens (Fr., G.-B., ALL. et It.). Le total européen se chiffre à 342 milliards de dollars, là où la Chine en dépense 228 milliards et la Russie 66 (selon SIPRI).

D’autres part et au-delà de la pertinence de ces 2%, c’est surtout une manière pour D. Trump de vendre l’armement américain. La Belgique (mais aussi l’Allemagne) compte, par exemple, investir dans du matériel militaire. 9,4 milliards d’euros dépensés graduellement en drones, blindés mais aussi pour l’éventuel F-35 américain. Parallèlement, les grandes entreprises américaines d’armement ont vendu pour plus de 217,2 milliards de dollars de matériel en 2017. Lockheed Martin, le constructeur du F-35 mais aussi le plus grand fabricant d’armes au monde, a vu ses ventes augmenter de 10,7% en 2016 (chiffres SIPRI).

CONTRER LE GAZ RUSSE

Trump se fait à nouveau le sales representative de l’industrie américaine lorsqu’il attaque le projet du Nord Stream II. Ce projet consiste à doubler les capacités du Gazoduc Nord Stream I, qui relie l’Allemagne à la Russie par la mer Baltique. Ce projet augmenterait effectivement la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe, mais il diminue aussi les possibilités américaines d’exporter du gaz américain vers l’UE. L’influence du milieu pétrolier sur les gouvernements états-uniens successifs n’est un secret pour personne. Les Bush avaient fait fortune dans le pétrole tandis que D. Trump n’a pas hésité à, dans un premier temps, nommer comme secrétaire d’Etat l’ancien directeur d’Exxon Mobil, Rex Tillerson. Seul Obama, empêtré dans le scandale écologique consécutif à l’explosion de la plateforme Deepwater horizon, a semblé faire de la résistance.

L’actuel président américain a soutenu à plusieurs reprises l’augmentation de la production pétrolière américaine : position favorable aux forages offshore dans les eaux littorales américaines, soutien à l’énergivore pétrole de schiste, en passant par la sortie de l’Accord de Paris, limitant les gaz à effet de serre. La production pétrolière états-uniennes est en déclin, seul un prix élevé des cours du pétrole permet un gaz de schiste rentable. Et une abondance de gaz russe sur le marché européen n’est pas une condition favorable à des prix élevés. Nord Stream II n’a jamais eu les faveurs des USA : Obama s’y était déjà opposé tandis que G. W. Bush avait lui, critiqué Nord Stream I.

Au-delà d’une forme peu conventionnelle, la politique du président américain était annoncée depuis sa campagne: America First. Désormais, tout sera bon pour défendre les intérêts américains, plus intensément et plus brutalement que ses prédécesseurs. Même si, aussi bien pour les fameux 2% de PIB que pour Nord Stream, les précédents gouvernement outre-Atlantique ont tous eu des positions semblables. A l’Europe de prouver qu’elle peut enfin être un pouvoir indépendant des USA et des russes.