Capitole : le baroud d’honneur du populisme

 

Ce mercredi, des centaines de manifestants pro-Trump sont entrés dans le Capitole, avec la ferme intention de suspendre le vote qui valide l’élection du démocrate Joe Biden. Ce mercredi, des manifestants ont terminé le travail de sape de la démocratie entamé par leur idole. Résultat d’une politique populiste inédite et hors-norme, qui a plus que jamais coupé l’Amérique en deux.

 

Populisme. Ce terme si fréquent, employé à tort et à travers pour définir une multitude de régimes ou de dictatures de toute sorte, qu’elle soit de gauche ou de droite, signifie un véritable danger pour nos sociétés modernes.  C’est que le populisme fonctionne avec un pattern récurrent et identifiable. Et pour cause : il relève plus du « style politique » que de l’idéologie, si identitaire ou protestataire soit elle. Le leader, qui se doit d’être charismatique, opposé au vrai peuple, dont il se targue d’être le légitime représentant, des élites corrompues. Ce peuple à qui il fait appel, il le conçoit comme une entité homogène, sans distinction sociale ou économique.

Quel danger représenterait à première vue un tel style politique ? Le danger, c’est cette banalisation de la démagogie, c’est la désignation systématique de boucs émissaires, c’est la remise en question de vérités fondées et prouvées. Le danger, c’est aussi le contournement des médias. La rengaine infatigable préférée des populistes : les médias feraient partie de la même « élite corrompue » que la caste dirigeante. Mais le danger, c’est aussi l’oubli. L’oubli que cette façon d’exercer une mission publique n’est pas la norme. Opposer les citoyens n’a permis aucune avancée sociétale majeure.

Les américains sont passés d’une occupation de Wall Street à une occupation du Capitole. La politique populiste de désignation de l’ennemi commun de Donald Trump est à ce point efficace, qu’elle réussit à retourner les accusations contre sa propre administration, contre son propre vice-président Mike Pence (dont le premier conseiller s’est récemment vu refusé l’accès à la West Wing, promulguant des conseils trop sains d’esprit pour un habitué de la Maison Blanche). Le public, ou plutôt la foule, – distinction tardienne importante – de Trump s’en prend, dans sa schizophrénie, à l’institution qu’elle a choisie pour la représenter.

Les supporters de l’ancienne star de la télé-réalité qui ont pénétré dans la Chambre hier, mus par les déclarations (mot vide de sens sous le 45ème mandat présidentiel) n’ont rencontré que trop peu de résistance de la part de la police du Capitole. Le manque de réaction à ces actions pourtant prévues publiquement, soulève de lourdes questions, et la responsabilité de chaque partie devra être établie devant les instances judiciaires américaines.

Les démocraties contemporaines se forment-elles à l’image de ceux qui savent le mieux manier les émotions (et surtout les peurs) de leurs concitoyens ? Assiste-t-on, impuissants, à la Nigel Faragisation de la société ?  Les dérives conspirationnistes de ce mercredi tirent plus que jamais la sonnette d’alarme d’une population surexposée à ses propres émotions, à l’hégémonie informationnelle contradictoire.

Ce jeudi matin, le Congrès a pu valider l’élection du 46ème Potus. Le populisme recule de quelques pas, pour l’instant. L’hérésie désillusionniste du chef de la première démocratie du monde aura coûté, ce 5 janvier, quatre vies humaines. La démocratie américaine, et sa représentation internationale, en sortent abîmées mais debout. La mobilisation inédite des américains aux urnes doit être perçue comme un signal fort : le populisme ne fonctionne pas, les discours qui haranguent les foules ne passent pas l’épreuve de la prise de pouvoir. La peur et la haine ne fédèrent pas.

Il ne faut pas traverser le Pacifique ou la Manche pour constater à qui profite ce flux incessant d’informations émotionnelles. Chez nous aussi, les partis aux extrémités de l’échiquier politique, comme le Belang ou le PTB, (pour ne citer que), reposent leurs discours sur la haine, le rejet, et la peur, ces émotions de base, qui sont le fuel des Trumpistes. Ces procédés sont d’autant plus efficaces qu’ils peuvent compter sur l’aide des médias sociaux, où les publications diffusant des émotions et des opinions simples sont favorisées par l’algorithme. Publier les dépenses que font ces politiques sur les réseaux, ou se contenter de les pointer du doigt, ne suffit pas à mettre en lumière le danger qu’ils représentent : le danger de laisser l’émocratie se déguiser en démocratie. A un moment, pauvres humains que nous sommes, nous pouvons être débordés par nos émotions, perdre tout raisonnement rationnel. Allons-nous laisser notre État aux mains des émotions les plus folles des « Jamiroquai » de l’extrême droite ? Allons-nous vraiment miser sur leur capacité à gérer les émotions de leurs troupes, pour ne pas faire le pas de trop ?

Nous jouons tous à un jeu dangereux.

Opaline Meunier, Présidente des Jeunes cdH

Lucas Moutiaux, Jeune cdH de Namur