Des chiffres et des hommes: réfugiés et migrants, quelles réalités? (3/4)

Si les chiffres permettent d’expliquer, de comprendre, d’anticiper et de mieux construire les politiques migratoires, ils ont tout de même le défaut d’occulter la réalité humaine d’une migration. Il est nécessaire de s’en rappeler.

Les réfugiés : l’Europe accueille-t-elle vraiment toute la misère du monde ?

D’après l’UNHCR[1],il y a 68,5 millions de personnes déplacées dans le monde en raison de persécutions, de conflits ou de violences[2]. Cela veut dire qu’aujourd’hui, une personne sur cent-dix est considérée comme déplacée par l’agence. Parmi ces 68.5 millions, il y a : 25.4 millions de réfugiés, 40 millions de déplacés internes, 3,1 millions de demandeurs d’asiles.

Les origines des déplacés mettent en avant le rôle des conflits armés : RDC, Birmanie, Syrie, Ukraine… Forcément, les pays limitrophes des conflits sont ceux dont le ratio réfugiés/population est le plus élevé. Au Liban, une personne sur six a le statut de réfugié ! En ordre de grandeur, la Jordanie vient ensuite avec un ratio d’un 1/14, la Turquie de 1/23. Et on ne parle ici que des réfugiés reconnus par l’UNHCR, les réfugiés palestiniens étant en grande partie sous mandat de l’UNWRA[3]. En chiffre absolu, La Turquie accueille le plus de réfugiés avec 3,5 millions de personnes. Le Pakistan et l’Ouganda suivent avec 1.4 millions. Le Liban (998 900) et l’Iran (979 400) précédent le premier pays européen : l’Allemagne (970.400). Le Bangladesh (932.200) et le Soudan (906.600) sont proches.

En 2015 et 2016, les demandes d’asile ont fortement augmenté consécutivement aux conflits au Moyen-Orient. Il en résulte un retard considérable dans le traitement des demandes d’asiles au sein de l’Union européenne. Fin 2017, 900 000 demandeurs d’asile y attendaient encore une réponse[4].

Le pic de réfugiés est aujourd’hui passé, nous entrons désormais dans la phase complexe de l’intégration. Pour la première fois depuis 2011, le nombre d’entrées à caractère permanent a diminué au sein de l’OCDE. En 2017, les pays de l’OCDE ont enregistré 1,23 millions de demandes, principalement d’Afghanistan, Syrie et Irak. Les Etats-Unis sont le premier pays d’accueil au sein de l’OCDE, suivi de l’Allemagne. En Europe, 440 000 personnes ont obtenu le statut de protection, 36% de moins par rapport à 2016.

Les origines des demandeurs d’asile montrent des disparités intéressantes : l’Italie a une majorité de demandes provenant du sub-sahara, principalement le Nigéria, la Gambie et la Côte d’ivoire. En France, les demandeurs d’asiles albanais ont été plus nombreux que les afghans[5]. Au Canada, les Haïtiens et les Nigériens sont les plus nombreux, tandis qu’en Australie, les Malaysiens représentent la plus grande part.