Réduction du temps de travail : collective ou ciblée ?

Elio Di Rupo, Olivier Chastel, Alda Greoli, tous ont abordés de manière différente la réduction du temps de travail ce dernier mois. Les trois positions montrent toute la difficulté du sujet, mais aussi son intérêt et ses larges écueils.

 

La réduction collective du temps de travail poursuit trois objectifs : améliorer les conditions de travail, générer du temps libre et diminuer le taux de chômage. Cependant, il ne suffit pas de dire qu’une réduction collective du temps de travail permet de répartir équitablement le travail et conduit à réduire le nombre de demandeurs d’emploi, pour que ce soit effectivement le cas. Quelques éléments viennent effectivement contredire cette hypothèse.

Rappelons peut-être notre économie est le l’objet d’une concurrence intense. Dans notre système économique, celui qui a les meilleurs prix l’emporte. Réduire le temps de travail, en gardant un salaire fixe, conduit à augmenter les coûts de production, ce qui conduit à une perte de compétitivité. Simple et clair : tant que l’on n’a pas changé de système économique global, garder un même salaire et diminuer le temps de travail serait désastreux pour la compétitivité de l’économie belge.

Et pourtant, les 35h françaises ont créé de l’emploi, comment ? En diminuant les cotisations sociales et patronales. En gros, l’état finance la différence de coût pour l’entreprise. Dès lors, c’est bien l’état qui créé de l’emploi, et pas la réduction du temps de travail en soi. Autre solution ? Diminuer les salaires, mais c’est tout de suite moins vendeur.

D’autres éléments devraient aussi pousser à moins d’enthousiasme concernant la réduction collective du temps de travail. Ainsi, pour combler un emploi vide, il faut des demandeurs d’emplois formés pour ce poste, ce qui est loin d’être assuré. Qui plus est, une somme de fractions d’emploi, fait difficilement un emploi.

Si les bienfaits d’une réduction collective du temps de travail sur le chômage sont loin d’être prouvés, les objectifs de bien-être demeurent nobles. Dès lors, quelles solutions ?

  • La position de la ministre A. Greoli (400 fonctionnaires de plus de 60 et qui exercent un métier pénible bénéficieront d’un aménagement de fin de carrière sous forme de réduction du temps de travail) nous semble déjà plus appropriée : les secteurs pénibles peuvent être visés par une réduction du temps de travail et en particulier pour les fins de carrières. Une telle réduction ciblée est déjà plus finançable.
  • Une politique volontariste quant au bien-être au travail peut être menée à moindre coûts : droit à la déconnexion, flexibilité du temps de travail sur l’échelle d’une carrière, facilité de mobilité professionnelle, télétravail, l’augmentation du temps de repos obligatoire minimum…
  • La structure et le financement de l’état-providence montrent d’évidentes limites : pensions, sécurité sociale, chômage… Une réduction du temps de travail peut être amenée dans le cadre d’une révision de ce système social, au même titre que l’idée de revenu universel. Mais alors, il convient de présenter les choses telles qu’elles sont : c’est bien le budget de l’Etat qui financera ces projets sociaux. Les autres arguments économiques sont trop bancals pour jouer aux apprentis sorciers.

La position socialiste a le mérite d’avoir des objectifs admirables. Mais pour résoudre les problèmes du marché du travail, il convient d’aller plus loin que des discours réducteurs, simplistes voire irréalisables.